Le Covid19 n’attaque pas les stéréotypes : le « monde d’après » risque fort de les embarquer !

par | 30/04/2020

Laurent Depond

Le Covid19 n’attaque pas les stéréotypes : le « monde d’après » risque fort de les embarquer !

Le virus va laisser survivre nos stéréotypes.

Lecteurs humains, je tiens à vous rassurer, le virus va laisser survivre nos stéréotypes et autres biais cognitifs et décisionnels qui seront embarqués pour le « Monde d’après ». Ils sont suffisamment ancrés dans nos programmations humaines pour résister à la pandémie. Si nous n’y prenons garde, notre Mode Mental Automatique, comme le désigne l’Approche Neurocognitive et Comportementale (#ANC), leur offre même un territoire d’expression privilégié en ces moments compliqués du confinement qui conjuguent incertitude, inconnu et complexité.

Cela m’a sauté aux yeux en lisant ces derniers jours plusieurs articles sur le fait que les pays qui obtenaient les meilleurs résultats en matière de gestion de la crise actuelle étaient ceux qui étaient dirigés par des femmes (Nouvelle-Zélande, Allemagne, Islande ou encore Tai Wan), tout cela parce qu’elles auraient une approche « féminine » des sujets, qu’elles développeraient plus de compassion, qu’elles analyseraient plus les conséquences de leurs décisions en termes d’impacts humains, qu’elles manifesteraient plus de franchise et sauraient mieux décider car elles écouteraient mieux les conseils des sachants (avec plus d’humilité bien sûr !).

De prime abord, l’homme engagé de longue date pour l’égalité entre femmes et hommes que je suis s’est réjoui de cette démonstration imparable de ce que l’accès des femmes aux commandes nous offrait une fantastique démonstration de compétence qui allait stimuler les politiques d’égalité pour le « monde d’après »… Mais cela n’a duré que quelques secondes !

 

Vision clivante de la gestion de crise : manifestation de biais très puissants

Cette vision clivante de la gestion de crise m’est brutalement apparue comme la manifestation de biais très puissants qui animaient les auteures de ces articles. En premier lieu, le biais de confirmation d’hypothèses qui fait ne retenir que les éléments qui vont dans le sens de ses propres convictions ou croyances et font oublier de prendre en compte certains facteurs explicatifs ou éléments d’analyse complémentaires. Typique des raccourcis de notre Mode Mental Automatique ! Qui a évoqué par exemple certains paramètres très factuels comme le fait que, outre qu’ils aient des femmes à leur tête, 3 des pays cités dans la démonstration sont des îles pour lesquelles il est plus facile d’établir un contrôle aux frontières ou encore qui a mentionné le fait que l’Allemagne a conservé une industrie forte qui lui permet d’être moins dépendante des importations de matériel médical que ses voisins ?

Ce qui m’a surtout sauté aux yeux dans le propos, c’est l’absence de « nuance » qui clive le leadership politique entre le « féminin » et le « masculin » en voulant y découvrir une forme de talent « naturel » chez les femmes. Là je me méfie et je traque immédiatement le stéréotype en embuscade. Un indice dans les formulations : dès que l’on dit « les » hommes ou « les » femmes sont ou font quelque chose, le stéréotype est bien présent.

Pour étayer mon point de vue, je citerai une excellente méta-étude de Sarah Saint-Michel qui avait démontré à propos des qualités attribuées à quelque 20 000 cadres dirigeants, sur la base de la compilation de 25 enquêtes européennes et américaines, qu’il n’y avait pas de différence majeure entre les dirigeants hommes et femmes. Leurs traits de personnalité et leur style de leadership sont les mêmes. Le sexe n’est donc pas une variable pertinente. Susan Franceschet, professeure de sciences politiques à l’université de Calgary, pointe elle, dans une interview, le fait que si des femmes sont excellentes en gestion de crise, cela n’exclut pas que des hommes le soient aussi mais surtout qu’il ne s’agit pas chez elles d’un talent naturel mais plutôt du résultat d’un apprentissage lié à la difficulté des parcours qu’elles ont dû suivre pour accéder aux responsabilités. Puisqu’on ne leur pardonne rien, elles ont moins développé de sentiment de « toute puissance » liée à l’ivresse du pouvoir et savent que l’échec est possible, ce qui les incite à des choix plus réfléchis.

 

Les stéréotypes seront-ils toujours présents dans le “monde d’après” ?

Pour revenir au « monde d’après » dont nul ne sait à ce jour ce qu’il sera réellement tant les paramètres de sa construction sont multiples, nous pouvons poser l’hypothèse que les biais humains actuels, dont les stéréotypes, risquent fort d’y être intégrés. Les mêmes interrogations que pour l’#IntelligenceArtificielle peuvent être formulées : comme elle est construite par une caste de privilégiés très semblables ne va-t-elle pas reproduire tous les travers du monde réel : discriminations, sexisme, inégalités liées à la survalorisation de certains critères ou encore sous-performance liée à l’inhibition de certains talents ?

Si les concepteurs de l’« Après », ses influenceurs, ses décideurs, ses commentateurs les plus visibles sont en grande majorité des hommes qui ont des profils cognitifs similaires et si nous fonctionnons en mode directif d’expertise incontestée, comme c’est le cas pour l’#IA, il est fort à parier que la création du monde d’après souffrira des mêmes défauts et sera, notamment, défavorable aux femmes.

Il est donc essentiel, dans cette période exceptionnelle, dès que nous devons prendre des décisions structurantes pour la suite, de réfléchir en collectif regroupant des profils cognitifs différents pour se challenger, avec bienveillance, et aboutir ainsi à des décisions et choix judicieux. C’est ce que rappelle Anne-Catherine Husson-Traore dans Novethics sur les bases d’une récente étude publiée dans la Harvard Business Review.

En complément de la #diversitécognitive, il est aussi important d’aider chacune et chacun à raisonner en mode « non biaisé » en apprenant à mobiliser notre Intelligence Adaptative qui mêle curiosité, nuance, relativité, réflexion et opinion personnelle. Il existe pour cela des techniques simples, issues de l’#ANC.

En résumé, nous avons les moyens d’agir : pour créer un monde d’après plus inclusif, mobilisons dès aujourd’hui notre Intelligence Adaptative !

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