La marche à pied : un cadre de référence pour la transformation plus pertinent que la « baguette magique » ?

par | 01/07/2020

Jean Louis Prata
Le terme de « transformation numérique », très en vogue, devrait être banni du vocabulaire des acteurs de la transformation… Je vous propose d’en explorer les raisons au travers d’un exploit réalisé par Sébastien de Fooz, un homme ordinaire qui a réalisé quelque-chose d’extraordinaire…
La marche à pied, cadre de référence pour la transformation

Un foot trip inspirant pour comprendre les processus de transformation

Vous connaissez peut-être Sébastien de Fooz, qui a été un collègue à l’Institute of Neurocognitivism il y a quelques années, à Bruxelles. Il s’était fixé et a réussi le défi de marcher 6000 Km, sans argent et sans assistance, pour rejoindre Jérusalem depuis Bruxelles. Il raconte son aventure dans un livre passionnant, « A pied à Jérusalem, 184 jours, 184 visages » aux éditions Racine (Bruxelles, 2007).

Quel courage ! quel exploit ! A votre avis, l’a-t-il réussi parce qu’il était focalisé sur la réussite d’un défi extraordinaire ? Eh bien, au risque de décevoir les amateurs d’héroïsme, non…

Il a réussi cet exploit en… mettant un pied devant l’autre, chaque seconde, chaque minute, chaque jour, avec des hauts et des bas, en profitant de chaque instant, de chaque rencontre, en prenant du recul sur les difficultés qu’il a rencontrées et enfin en étant porté par un projet qui avait du sens pour lui.

Si on se plaçait en situation d’organisateur et d’observateur du foot trip de Sébastien, nous nous représenterions ce projet comme un chalenge très ambitieux, et nous serions tentés de lui faire prendre conscience de l’ampleur du projet, de l’effort surhumain à accomplir pour arriver à destination et du risque majeur d’échouer.

Si on se place maintenant du point de vue de l’expérience vécue par Sébastien, ce projet s’apparente plus à une « expérience ordinaire », qui consiste, chaque jour, à marcher pas après pas vers la destination, en trouvant de bonnes âmes pour l’héberger et le nourrir et à gérer les difficultés rencontrées… et c’est cette succession de moment ordinaires qui aboutit à ce résultat extraordinaire.

 

Mais quel est le rapport entre la marche à pied et la gestion d’un processus de transformation ?

Lorsqu’on lance un projet de transformation dans un organisation, on est souvent dans la peau de l’organisateur du foot trip, qui perçoit que pour aboutir au résultat, il va falloir que les collaborateurs changent radicalement, et cette posture envoie un message dévalorisant pour les équipes, qui peut vouloir dire « vous êtes mauvais, il va falloir vous transformer pour devenir meilleurs, et il y a du travail !».

Or, tout comme le cas de Sébastien, la réalité de terrain vécue au quotidien par les collaborateurs est plus une succession de petits pas qu’une téléportation avec une baguette magique vers un avenir renouvelé : des prises de consciences, des amélioration, l’intégration progressive de nouvelles méthodes et outils, petit à petit, pas à pas… qui aboutissent avec le temps à la transformation majeure ambitieuse envisagée par les dirigeants porteurs du projet.

 

Quels enseignements en tirer sur la gestion des processus de transformation ?

Le premier a trait au vocabulaire employé pour nommer les besoins d’évolution des organisations : Dans les années 90 on parlait de conduite du changement, aujourd’hui de gestion de la transformation, voire de la transition ! Ce vocabulaire, s’il est adapté au point de vue des directions qui impulsent et organisent les transformations, me parait totalement inadapté à l’expérience collaborateur des processus de changement, et s’avère donc contre-productif pour mobiliser les salariés vers l’objectif de transformation.

Et si nous parlions plutôt d’évolution numérique au lieu de transformation numérique ? Les professionnels du marketing ont compris combien l’expérience vécue par le consommateur est une clé essentielle à la réussite commerciale d’un produit : en ce qui concerne la réussite des projets de transformation, l’expérience collaborateurs est au moins aussi importante.

Arrêtons également d’asséner que la transformation numérique est vitale à la survie des organisations, non pas parce que c’est faux, mais parce que l’on sait aujourd’hui grâce aux neurosciences, que l’exigence impérative d’aboutir à un résultat provoque du stress contre-productif pour agir efficacement à l’atteinte du résultat. Remplaçons-le par l’évolution numérique, plus mobilisateur et moins dévalorisant pour les salariés !

 

A l’INC, nous conseillons aux entreprises que nous accompagnons dans leurs projets de transformation :

  1. De dédramatiser, dans la communication, le caractère vital du changement, en utilisant un vocabulaire plus proche de l’expérience collaborateurs du changement, comme l’évolution numérique. Est-ce que Sébastien aurait entrepris le foot trip qu’il a brillamment réussi, si on lui avait dit qu’en cas d’échec il serait condamné à mort ?
  2. De s’assurer que le projet de transformation fait sens pour les collaborateurs, en travaillant avec eux sur l’adéquation du futur projeté avec leurs aspirations et motivations personnelles : Sébastien n’aurait jamais entrepris un foot trip de 6000 Km s’il ne faisait pas sens pour lui.
  3. De les équiper pour l’aventure, en les formant à la mobilisation de l’intelligence adaptative, afin qu’ils soient en mesure d’absorber sereinement l’effort de changement qui leur est demandé : Comment Sébastien aurait-il pu s’adapter aux aléas du chemin sans une capacité d’adaptation aiguisée ?
  4. De laisser aux équipes le temps qu’il faut pour s’approprier les évolutions, et traçant un chemin réaliste, composé de petites étapes, pour leur permettre d’avancer à un rythme qu’ils sont capables de suivre : Sébastien n’aurait pas pu réaliser cet extraordinaire foot trip si on lui avait imposé de le faire en moins de 100 jours !

Et vive l’évolution numérique !

Jean-Louis Prata

 

Du même auteur : Sébastien de Fooz , Partir chez soi (éditions Racine, Bruxelles, 2019)

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