Reconfinement : comment gérer la tempête sous mon crâne ?

par | 09/11/2020

Laurent Depond

Première semaine de reconfinement et déjà mon cerveau se révolte ! Pourquoi ?

Reconfinement-tempete dans mon cerveau

Un sentiment d’injustice : tous mes efforts précédents n’ont donc servi à rien !

Confinement #2 : plus dur à vivre que le premier ? Pour ma part, la V1 s’était bien passée, de façon soft dans une agréable maison et en famille. La V2 s’avère compliquée, malgré des conditions a priori similaires. Je ne suis pas un cas isolé et beaucoup de proches m’ont assuré qu’ils comptaient s’affranchir des règles à leur façon.

Alors, que se passe-t-il dans mon cerveau ? Premier arrachage de dent, on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, ça fait mal mais on se dit que cela va permettre de traiter définitivement le problème. On souffre horriblement mais on sait que cela va vite s’améliorer. Quelques temps plus tard, le dentiste vous dit qu’il n’a pas tout vu, que l’infection persiste et qu’il faut vous arracher une deuxième dent… voire davantage. Pourtant, vous aviez fait ce qu’il fallait :  antibiotiques, bains de bouche, brossage doux… Cette fois, votre cerveau vous hurle « Nooooon ! ».

C’est normal, parfaitement humain. C’est l’une de nos #programmationshumaines, la « Croyance en un Monde Juste », qui s’exprime : « si j’agis bien, si je respecte les règles, les choses se passeront bien ». Cette croyance est un des artifices utilisés par notre cerveau pour faciliter la vie en société et éviter les remises en question qui consomment de l’énergie et peuvent nous mettre en insécurité : « tout s’explique puisque chacun a ce qu’il mérite ! ».

Or là, l’injustice vous saute aux yeux, la révolte gronde et la colère monte en vous : votre dentiste n’est pas sérieux, vous en changerez dès que possible. En attendant, comme vous savez ce qui va se passer, vous appréhendez la douleur du deuxième arrachage, les effets des antalgiques, l’impossibilité, pendant un certain temps, de manger vos gourmandises préférées ou encore de siroter votre petit verre de Bordeaux. Quant à la chique qui va vous défigurer, elle vous obligera à renoncer temporairement à toute vie sociale. Cela ne vous évoque pas la perception que nous avons du #reconfinement, par hasard ?

Un conflit entre les deux modes de fonctionnement du cerveau.

La saison 2 n’est pas la saison 1 : le soleil d’un printemps exceptionnel ne brille plus en cet automne. Le phénomène naturel de baisse d’énergie lié à la luminosité et à nos cycles biologiques génère plus d’anxiété et de baisse de tonus. Mais il existe une autre raison qui nous fait vivre cette V2 différemment : elle tient à la nature de la justification que l’on nous en donne.

Le « rationnel » qui a conduit au confinement est désormais largement contesté car il repose sur une démonstration, et non sur nos programmations humaines. Certes, la peur de la maladie est un phénomène « naturel » qui vise à nous préserver du danger. Cependant, son niveau a considérablement baissé depuis le premier confinement. Après le déconfinement, en période plus calme, les faits ont été largement décryptés : quelle dangerosité pour quelqu’un de jeune ou en bonne santé ? Qui meurt ? Quel nombre de morts rapporté à la population ? Même le rappel quotidien des chiffres de la mortalité des personnes ayant contracté le virus #Covid19 n’effraie plus et n’incite plus au respect des règles sanitaires.

Pour faire adhérer à l’idée d’un reconfinement, un autre argument « rationnel » pourrait être davantage mis en avant : notre sacrifice de liberté a un impact direct sur l’objectif essentiel qui pilote cette crise, à savoir la prolongation de la vie des plus fragiles, préoccupation souvent éloignée de nos besoins et envies du quotidien. Or, le rationnel ne fonctionne que lorsque notre cerveau y est réceptif, c’est-à-dire, lorsqu’il fait preuve d’#IntelligenceAdaptative (lorsqu’il utilise son « mode adaptatif »).

Le problème est que, la plupart du temps, notre cerveau est en « mode automatique », comme nous l’appelons en Approche Neurocognitive et Comportementale (#ANC). Mode par défaut du cerveau car économe en énergie mentale, ce mode automatique est celui des programmations fondées sur nos expériences (personnelles ou héritées de notre espèce) qui nous permettent de fonctionner de façon efficace dans les situations perçues comme simples ou connues. Les ennuis commencent quand la situation devient trop complexe ou échappe à notre contrôle…

Dans le cas présent, la privation de liberté contrarie nos programmations, en heurtant nos instincts (privation de nature, impossibilité de fuite) comme nos besoins affectifs ou de sociabilité. Dès lors, soit notre mode automatique se rebiffe, soit il capitule, soit il passe la main à notre Intelligence Adaptative ! Ainsi, selon les sondages, une nette majorité de Français adhèrent ou se résignent à la nécessité d’un reconfinement.  Mon entourage, qui n’est pas du tout en phase, 🤔ne serait donc pas représentatif ?

Pourtant tout le monde adhère aux mesures de distanciation physiques/sociales, non ?

Le paradoxe du « déclaratif » versus une réalité des opinions s’explique : globalement, malgré des exceptions que nous avons tous en tête, l’évolution humaine a sélectionné les « gentils » avec une stratégie de survie qui repose sur la sociabilité. C’est ce qu’a brillamment rappelé Rutger Bregman dans son récent essai compilant de nombreuses recherches scientifiques. Certes, nous humains sommes des animaux sociaux qui nous entraidons et nous protégeons… cela a induit un biais pernicieux pour toute étude d’opinion déclarative (non, je ne parle pas de l’élection états-unienne !) : la #désirabilitésociale.

Il est généré par notre cerveau pour nous permettre de nous faire « bien voir » et bien accepter des autres. C’est l’un des biais qui nous fait répondre dans le sens de ce qui est attendu par le sondeur : « je suis quelqu’un de bien donc je pense en conformité avec ce qui fait de moi quelqu’un de bien » Je vote pour le « gentil » selon le sondeur par exemple. Personnellement, pour avoir piloté beaucoup d’études, j’y suis toujours très attentif et je considère le « déclaratif » des répondants avec une extrême précaution en préférant les études déductives plus stables scientifiquement. 😊

Nos programmations sont mises à rude épreuve avec le reconfinement

Nous pouvons constater que quand, avec le reconfinement, nous sommes confrontés à la réalité de la privation de relations sociales, besoin humain essentiel, ou à la privation de nature, besoin tout aussi essentiel, cette recherche de bonne conscience peut exploser. J’ai entendu ces derniers jours des termes très forts : « ils ne m’empêcheront pas de voir ma mère, mes amis, de sortir, d’aller au bureau, dans la forêt, … tant pis pour leurs 135 € ! ». Ceci venant de personnes ayant des profils cognitifs très respectueux du droit, des convenances, des autres… Et pas du tout des jeunes, ce que l’on a pointé du doigt pour leur « irresponsabilité » cet été. Concrètement, j’ai observé beaucoup d’allées et venues dans la résidence d’en face et, dans ma rue, la circulation n’avait rien à voir avec celle du mois d’avril.

Mon analyse personnelle est que l’indicateur essentiel qui préside à nos destinées du moment, le taux de lits de réanimation occupés, nécessite une « intellectualisation » : il nous faut réfléchir pour accepter la contrainte non naturelle qui nous est imposée et recourir à notre #IntelligenceAdaptative pour la justifier à nos yeux. Cela implique une démonstration et un effort intellectuel consommateur d’énergie. En revanche, notre besoin de socialisation naturel qui a explosé post confinement #1, cet été ou lors de soirées entre amis (malgré nos engagements 😊), est, lui, issu de programmations qui génèrent des comportements spontanés. Il en est de même pour l’attachement à notre activité professionnelle que nous voulons voir survivre et qui peut être compromise par les mesures sanitaires.

Serrer les dents et attendre ?

Face à ce dilemme, puisque nous n’avons pas choisi la voie suédoise qui recommande plutôt qu’elle n’impose (ni confinement ni port du masque), nous sommes contraints d’accepter la situation et ses conséquences psychologiques sévères, pour tenter d’éviter un raz-de-marée dans nos services de réanimation.

Parce qu’elle est confrontée à tous les effets de bord des décisions politiques et aux multiples incohérences qu’elles génèrent (petits commerces, écoles, auto-écoles, transports, retards de soins,…), la légitimité de la contrainte est remise en question et risque de légitimer toute transgression : puisque c’est absurde, pourquoi est-ce que je ne m’autoriserais pas une petite soirée entre voisins ? Le travail au bureau alors que ma fonction de cadre supérieur m’autorise parfaitement le télétravail ? Ou encore pourquoi n’ouvrirais-je pas mon magasin puisque Amazon a tous les droits ?

Trouver des ressorts ailleurs que pendant le premier confinement

La V1 se « rationnalisait », on imaginait la lumière au bout du tunnel et un « monde d’après » prometteur. Il faisait beau, nous apprenions de la situation malgré ses aspects anxiogènes. Nous proposions des formations, des discussions, du support psychologique. Que faire pour la V2 ? Comment faire face à l’échec global de la gestion du déconfinement que nous devons accepter pour avancer ? Comment faire face à la menace d’une V3 ou d’un fonctionnement récurrent qui s’installerait, en l’attente d’un vaccin efficace ?

Les analyses qui ont été menées à l’INC sur la base de l’ANC lors du premier confinement nous ont permis d’identifier différents profils comportementaux qui vivent et réagissent très différemment à la situation :  l’anxieux, le stressé, l’énervé, le démotivé, le profiteur… mais aussi le serein, l’agile, le reboosté par ce cocooning imposé ! L’ANC offre des outils pour accompagner chacun de ces profils de façon adaptée, afin retrouver un esprit d’équipe apaisé et engagé. Un vrai défi managérial… surtout à distance !

Alors pour faire face à la V2, voire à la V3, nous avons une solution : muscler notre #IntelligenceAdaptative, stimuler celle de nos proches et de nos collaborateurs ! Seule l’Intelligence Adaptative nous permet de raisonner objectivement, de lutter contre le stress, d’apprendre, d’innoveret de communiquer avec calme et tact, en tenant compte de nos profils comportementaux et différences de personnalité.

Au sein de l’Association, nous y travaillons et proposons des outils, issus de la recherche scientifique, pour mobiliser ce potentiel fabuleux et méconnu de notre cerveau, qui a permis aux humains de faire face aux dangers de l’inconnu et aux situations les plus complexes ou incertaines. C’est notre contribution à ce challenge de l’humanité !

Séance découverte

Participez à une séance découverte de l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC).

Livre Blanc

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